Black Mirror

Black Mirror est une série anglaise diffusée depuis 2011. Située dans un univers futuriste très proche de notre époque, elle explore des scénarios dystopiques où le développement d’une technologie entraîne des dérives qui aliènent tous les aspects de la vie humaine : travail, relations amoureuses, politique… Un des attraits principaux de Black Mirror repose, selon moi, dans son format. Les épisodes sont peu nombreux mais extrêmement bien construits (on compte à ce jour deux saisons de trois épisodes chacune, et un hors-série de Noël). Et ils n’ont surtout aucun rapport les uns avec les autres. Pas de suspense insoutenable qui nous contraigne à regarder une saison entière en un week-end, pas d’intrigue qui s’éternise pendant des mois, pas de personnages secondaires si nombreux qu’on en oublie leur nom. Chaque épisode, d’une durée comprise entre 45 et 75 minutes, est parfaitement indépendant. Ni film ni épisode de série à proprement parler, on est ici face à une sorte de nouvelle au format vidéo.

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C’est cette particularité qui confère à cette série toute sa justesse. À chaque nouvel épisode, les compteurs sont remis à zéro, laissant aux scénaristes la possibilité d’inventer un univers totalement différent. Technologie, environnement, système politique mais aussi vêtements, cadre de vie, interactions sociales, on ne sait jamais à quoi s’attendre. J’ai donc choisi de vous proposer un cours résumé (garanti sans spoiler) de chaque épisode, pour vous permettre d’attaquer la série par la problématique qui vous intéresse le plus. Gardez toutefois à l’esprit qu’il s’agit de mon avis, et que le format polymorphe des épisodes fait qu’ils rencontreront un écho différent chez tout le monde.

 

2016_01_blackmirror_S01E01S01E01 : The National Anthem
Une princesse de la famille royale britannique a été enlevée. Pour qu’elle soit libérée, son kidnappeur exige que le Premier ministre du Royaume-Uni accomplisse un acte embarrassant qui devra être réalisé devant caméras, et diffusé en direct sur toutes les chaînes du pays. Les autorités tentent de gérer l’affaire discrètement, mais très vite les médias s’emballent…
C’est l’épisode le plus proche de notre réalité, ce qui pourrait en faire une porte d’entrée idéale. En effet, ici, pas de technologie futuriste : on parle seulement de dérive médiatique. Néanmoins, l’aspect choquant du scénario peut rebuter, et j’ai moi-même failli ne pas poursuivre le visionnage après ce premier épisode. À vous de voir, donc.

2016_01_blackmirror_S01E02S01E02 : 15 Million Merits
Dans un univers envahi par les écrans, une partie de la population doit pédaler sans cesse sur des vélos d’appartement pour gagner de l’argent. Leur quotidien tourne autour de leur avatar virtuel, d’émissions abêtissantes et de publicités braillardes, qu’on ne peut couper qu’en payant. Seule porte de sortie : participer à Hot Shot, une émission de téléréalité à la recherche de personnes talentueuses.
Cette fois-ci, nous avons affaire à une véritable dystopie futuriste, assortie de quelques clichés du genre (comme les pyjamas gris du futur que portent les protagonistes). Je vous déconseille de commencer par là si vous n’êtes pas fan de science-fiction.

2016_01_blackmirror_S01E03S01E03 : The Entire History of You
La quasi-totalité de la population est dotée d’une puce implantée derrière l’oreille, qui permet d’enregistrer ses souvenirs, de les re-visionner à volonté, voire de les partager avec d’autres personnes. Dans ces conditions, relations sexuelles, mensonges et adultère prennent une toute autre ampleur…
Cet épisode est sans conteste l’un de mes préférés. Il se situe exactement à la jonction entre réalisme et futurisme, en nous donnant à voir des aspects déjà existants de notre relation aux technologies actuelles, mais qui pourraient évoluer en même temps que celles-ci. On y perçoit de façon très fine la façon dont les rapports humains ont été altérés par ce système de partage de souvenirs, autour duquel l’intrigue se noue.

2016_01_blackmirror_S02E01S02E01 : Be Right Back
Une jeune femme submergée de chagrin après la mort brutale de son compagnon se voit offrir l’accès à un service expérimental. Basé sur les traces numériques de la personne décédée (emails, posts sur les réseaux sociaux…), cet outil propose de simuler une conversation avec le défunt.
Là encore, on se trouve face à une situation qui pourrait presque déjà se produire aujourd’hui. Ce genre d’univers, proche de celui de l’épisode précédent, est selon moi celui qui donne les intrigues les plus fines et les mieux abouties. Un autre favori, donc.

S02E02 : White Bear
Après ce qui semble être une tentative de suicide, une femme se réveille sans rien se rappeler de sa vie. Très vite, elle découvre que les rues sont pleines de gens qui, loin de lui venir en aide, se contentent de la filmer sans un mot. C’est alors qu’un homme cagoulé la prend en chasse…
Cet épisode est sans nul doute l’un des plus haletants ! Il est excellemment bien mené, et nous entraîne de rebondissement en rebondissement sans une seconde de répit, à l’image de l’héroïne. Il est néanmoins plutôt violent, et la conclusion pourra en traumatiser certains. Je conseille donc aux âmes sensibles de l’éviter, ou du moins de ne pas commencer par celui-là.

2016_01_blackmirror_S02E03S02E03 : The Waldo Moment
Un comédien raté est la voix derrière Waldo, un ours bleu en images de synthèse, qui interviewe des politiciens à la télévision. Pensant participer à une émission pour enfants, ceux-ci se retrouvent piégés face à ce personnage grossier et moqueur. Lors d’une réunion, l’un des producteurs de l’émission propose que Waldo, en guise de canular, se lance dans la course aux élections.
Cet épisode est celui qui m’a le moins convaincue. L’univers, le scénario et le jeu de ses acteurs sont un peu en-dessous des standards habituels de Black Mirror, et nous laissent sur notre faim. Le revers de la médaille lorsqu’on produit un contenu d’une qualité extrême !

Christmas Special : White Christmas
Deux hommes en mission dans une cabane perdue au milieu de la neige, se retrouvent à table le jour de Noël. Pour la première fois, alors qu’ils travaillent ensemble depuis cinq ans, ils commencent à se raconter leur vie d’avant, et les raisons qui les ont amenés là.
Cet épisode est le plus long et le plus complexe de la série ; il se compose en effet de trois petites histoires enchâssées les unes dans les autres. C’est encore une fois l’un de mes préférés, la narration est très bien menée, et nous prend de court au fur et à mesure que l’histoire se déroule. Le découpage en parties permet de développer trois aspects différents de l’univers dans lequel l’épisode se situle, ce qui en fait une saison en miniature, et selon moi une introduction idéale à la série.


Vous l’aurez compris, cette série est d’une qualité excellente, notamment si on l’aborde sous l’angle qui nous intéresse, celui de la dystopie technologique. Emballement médiatique, omniprésence des écrans, téléréalité, disparition de la vie privée, réseaux sociaux, persistance numérique des personnes décédées, agressions filmées au téléphone… Tous les thèmes majeurs sont présents, et traités avec finesse. Les acteurs (qui comprennent de nombreuses célébrités, que je n’ai pas évoquées pour vous laisser le plaisir de jouer à Qui est-ce ? en visionnant) sont très bons, et leurs personnages rapidement attachants malgré la durée relativement courte des épisodes. Black Mirror est une série souvent dérangeante, toujours incisive et extrêmement juste.

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Elle n’est néanmoins pas exempte de défauts. Tout d’abord, le fait que les épisodes soient indépendants est, comme je l’ai déjà dit, une des forces de la série : on ne sait jamais à quoi s’attendre. Mais cela peut aussi poser problème, notamment aux personnes qui souffrent des conséquences d’un événement traumatisant. L’effet de surprise peut alors se retourner contre le spectateur, et je vous invite vivement à lire des résumés plus complets si c’est votre cas. De nombreux épisodes mériteraient amplement un Trigger Warning. Ce qui m’amène à ma deuxième réserve : la représentation laisse énormément à désirer dans Black Mirror. Certes, la série a le mérite de présenter de nombreux personnages féminins et de couleur. Mais des critiques ont pointé du doigt le fait que les épisodes tournent souvent autour de l’empathie envers un personnage masculin blanc, et présentent les femmes comme manipulatrices, infidèles, victimes de torture… Le tout dans un univers hétéro-centré. Si la question vous intéresse, je vous conseille la lecture de cet article (en anglais et plein de spoilers) et de son très riche fil de commentaires, qui apportent des arguments aux deux camps. Et je vous invite bien sûr à aller vous faire votre propre avis !

Black Mirror

  • Créé par Charlie Brooker
  • Diffusé depuis 2011 (Depuis 2014 en France)
  • Channel 4 / Netflix (/ France 4)

Et vous, avez-vous vu Black Mirror ? Êtes-vous convaincus ?

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