Le meilleur des mondes ?

Réflexions sur la littérature dystopique.

Les romans dystopiques (ou contre-utopiques) sont des récits d’anticipation qui, comme dans les utopies, se présentent presque toujours dans un monde imaginaire avec des traits proches de notre réalité. Ces romans questionnent particulièrement les conséquences de l’action humaine à tous les niveaux de la société. Les places des individus sont déterminées et la société prime sur les comportements individuels, on est donc dans une situation de déterminisme social, de contrôle et de surveillance poussés à l’extrême.

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Extrait du film 1984 de Michael Anderson (1956) d’après le roman de George Orwell

Déterminisme et eugénisme : où est le problème ?

Aujourd’hui, aucune société ne vise l’égalité des sorts mais nous cherchons tous l’égalité des chances, notamment via l’éducation. Pour nous, toutes les vies humaines sont égales en valeur. Nous essayons que tout le monde naisse égal en droit, malgré des inégalités sociologiques, physiques ou de talents. Certaines différences sont acceptables, notamment celles qui sont liés à l’effort et au mérite. On essaye toujours de lisser les différences entre les individus et on fait au mieux pour que chacun trouve sa place au sein de la société.

Les romans d’anticipation éclatent tous ces principes d’égalité et établissent un système hiérarchique et inévitable qui permet à chacun d’avoir un rôle déterminé, des objectifs et donc sa place dans le système. Tout le monde est heureux de ce rôle et personne ne souffre. Cette situation pose alors la question du monde parfait : est-ce celui où chacun est heureux ? Le meilleur des mondes serait-il un monde où chacun est à sa place ?

Parfois, les auteurs vont plus loin et inventent des situations où les corps humains et la génétique sont modifiés pour entrer dans l’organisation sociale, ce que l’on appelle l’eugénisme. Bien souvent dans ces romans, une élite au pouvoir manipule le système entier. Finalement, on en retire qu’un monde imparfait, avec son lot d’inégalités et de problèmes, est aussi un monde plus humain. Le monde parfait n’existe probablement pas et les solutions envisagées dans les œuvres dystopiques sont des manières artificielles de répondre à l’injustice, elles finissent toujours par imploser.

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Extrait du film Hunger Games : La Révolte, partie 2 de Gary Ross (2015), d’après les romans de Susan Collins

Les dystopies, d’hier à aujourd’hui

Ce genre littéraire est apparu dans la première moitié du XXe siècle, avec des romans tels que Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley (1932), 1984 de Georges Orwell (1948) ou encore Farenheit 451 de Ray Bradbury (1953). Aujourd’hui, ce genre littéraire est de plus en plus abordé dans la littérature jeunesse. On note alors un glissement intéressant dans leurs scénarios. Alors que dans les romans du début du siècle les héros sont des hommes et échouent bien souvent dans leur mission, les histoires d’aujourd’hui qui s’adressent aux adolescents mettent plus volontiers en scène des jeunes filles qui réussissent leur quête et renversent le monde. C’est notamment le cas de la très bonne trilogie Hunger Games de Suzanne Collins (2008) qui interroge pouvoirs et contre-pouvoirs. Ces romans très grand public, et leurs adaptations cinématographiques, peuvent contribuer à éveiller les consciences notamment par le fait que les histoires sont accessibles et ces objets culturels très largement diffusés.

 

4 livres pour découvrir des univers dystopiques

16_01_dystopies_04Le grand classique
Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley (1931)

L’histoire d’un monde où le bonheur est devenu universel -et obligatoire- grâce à une planification méthodique de la société, depuis la conception du fœtus et jusque dans toutes les strates de la société. Mais un grain de sable va venir s’insérer dans les rouages bien huilés…

Ce livre, écrit en 1931, est l’un des tous premiers du genre. Huxley dénonce les sociétés uniformisées, alors que les totalitarismes montent dans l’entre-deux-guerres. Il est pourtant toujours autant d’actualité et l’on s’y plonge sans pouvoir s’en détacher.

16_01_dystopies_03Le best-seller qui fait réfléchir
The Hunger Games de Suzanne Collins (2008 – 2010)

Dans une Amérique du Nord futuriste renommée Panem, le pouvoir maintient le contrôle sur toutes les régions grâce à un jeu télévisé, une compétition faisant s’affronter des jeunes gens les uns contre les autres. Katniss, une jeune fille de seize ans, va défier le système lorsqu’elle prend la place de sa petite sœur pour participer au show.

Qui n’a pas entendu parler de Hunger Games, la trilogie adaptée au cinéma par Gary Ross ? La construction méthodique et implacable du monde de Panem nous fait suivre avec délice les aventures de l’intrépide Katniss qui va en démonter un à un tous les rouages. On n’en décroche pas avant d’avoir lu l’intégrale de la trilogie.

16_01_dystopies_05Le monde imaginaire le plus élaboré
Uglies de Scott Westerfeld (2007)

Dans le monde de l’extrême beauté, les gens normaux sont en danger. A seize ans, Tally s’apprête à subir sa première opération de chirurgie esthétique afin d’intégrer la caste des Pretties. La veille de son anniversaire, elle découvre l’univers des Rebelles… Que choisir ? Un monde parfait rempli de plaisir et de gadgets high-techs ou bien la liberté hors du système.

Au travers des quatre tomes de cette saga, on suit les péripéties de Tally avec plaisir. Scott Westerfeld a sorti de son imagination un univers si précis qu’on adore s’imaginer glisser sur une patinoire volante ou se déplacer à bord d’une planche magnétique. Roman pour ado par excellence, Uglies n’en reste pas moins un bon exemple de dystopie.

16_01_dystopies_06Le roman graphique
V pour Vendetta d’Alan Moore et David Lloyd (1982 – 1990)

En 1997, dans une Angleterre dévastée par une guerre nucléaire, la population est sous le contrôle d’un gouvernement fasciste. Un anarchiste qui se fait appeler « V » fait campagne pour une révolution. Portant le célèbre masque de Guy Fawkes, ce justicier tente de résister à la dictature.

Impossible de passer à côté de V pour Vendetta et de sa version cinématographique. Alan Moore, maître du genre comics, a créé un personnage mythique devenu un symbole de liberté à travers le monde. Le masque de V est notamment utilisé par le mouvement Anonymous et les défenseurs de la liberté d’expression. A vous de vous forger un avis sur ce personnage bivalent en lisant ce roman graphique…

Lauriane, l’auteure de cet article, est étudiante en Humanités et Management à l’Université de Paris Ouest Nanterre – La Défense. Révolutionnaire dans l’âme, elle dévore les dystopies pour s’en inspirer !

 

 

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